Cartilages de requins, lait caillé, cure de jus de légumes, cocktail d’huile essentielle de lin « non traitée et non chauffée » et même ingestion de sa propre urine. Ces remèdes miracles, censés guérir les maladies les plus graves, font la fortune de quelques charlatans. Ils ont pourtant tous fait la preuve de leur inefficacité ou, plus grave, de leur dangerosité.

Pour les marchands d’espoir, les personnes malades chroniques constituent une cible privilégiée, au premier rang desquelles les personnes atteintes de cancer. Aussi, dans un récent rapport, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) s’inquiète-t-elle de la multiplication des « pratiques non conventionnelles présentées comme étant thérapeutiques. Il s’agit dans la majorité des cas de méthodes et de théories qui ont pour socle le discours d’un personnage emblématique qui, souvent, présente toutes les caractéristiques d’un gourou ». La lutte contre ces « sectes guérisseuses » s’avère cependant très difficile dans la mesure où elles ne cessent de s’auto-dissoudre et de renaître.

Méfiance ou prudence ?

Si un quart des personnes atteintes de cancer se tournent vers les médecines dites « non conventionnelles », il convient de distinguer deux types de comportement : ceux qui tournent radicalement le dos à la cancérologie (une forme de suicide) ; et ceux qui optent pour des thérapies complémentaires aux traitements classiques (c’est la voie des médecines dites « douces » qui appellent aussi une certaine prudence, dans la mesure où certaines plantes peuvent entrer en interaction avec les médicaments anti-cancéreux).

Damien Dubois, président de Jeune Solidarité Cancer, observe à cet égard un changement de mentalité des médecins qui « hésitent beaucoup moins qu’avant à parler de ces thérapies complémentaires avec leurs patients. Mais il faut bien les distinguer, prévient-il, du charlatanisme ». Tout est donc question d’équilibre, et une légitime méfiance ne doit pas amener à avoir une attitude bornée vis-à-vis de techniques permettant de rendre la phase de traitement moins difficile. Lisa Letissier est psychologue clinicienne à l’hôpital Georges-Pompidou, à Paris. Spécialisée dans les maladies chroniques, elle constate quotidiennement les bienfaits des techniques de méditation : « Ces séances aident les personnes à se réapproprier leur corps, leurs émotions et leurs pensées ». Mais prévient-elle, « cette prise en charge vient en complément, ce n’est pas une solution miracle ». En France, ces techniques dites de « méditation de pleine conscience » suscitent de moins en moins la crainte des professionnels. Pour preuve, le Pr Corinne Isnard-Bagnis introduira dans le courant de l’année 2012 un programme de méditation dans le service de néphrologie de l’hôpital de La Pitié Salpêtrière. Objectif : améliorer le confort de vie des patients atteints de pathologies rénales. « Je souhaite le faire dans un cadre de recherches évaluées, précise la néphrologue, de telle sorte que la communauté médicale puisse en profiter ».

Bienfaits surévalués : la zone grise

Il existe donc ce que l’on pourrait appeler une « zone grise thérapeutique » : des méthodes inoffensives qui peuvent améliorer le confort de vie des malades… ni plus, ni moins. Aussi, ces techniques ne doivent-elles pas porter d’espoirs trop importants, comme a pu le faire le livre de David Servan Schreiber, « Anticancer », vendu à plus d’un million d’exemplaires. « On sait déjà depuis longtemps qu’une bonne alimentation réduit sur le long court les risques de développer un cancer, observe Damien Dubois. Mais de là à parler d’aliments anti-cancer, il me semble que c’est un discours trop radical. En l’état actuel des connaissances, en tout cas ». Même au prix d’un désillusionnement, mieux vaut donc passer dans le camp des réalistes. L’association Jeune Solidarité Cancer l’a bien compris. Elle travaille actuellement à la construction d’ateliers culinaires pour permettre aux personnes dont les traitements anti-cancer ont altéré le goût, de retrouver le plaisir de manger. Tout simplement… mais c’est déjà beaucoup !

Charles Nys